COUP DE FORCE AU CAMEROUN : UN VICE-PRÉSIDENT POUR REMPLACER BIYA ?

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Le 4 avril dernier, le Parlement camerounais, c’est-à-dire Assemblée nationale et Sénat, réuni en Congrès à Yaoundé a adopté une réforme constitutionnelle qui crée un poste de vice-président directement nommé par le président de la République. Sur le papier, le texte est présenté comme une mesure de continuité institutionnelle. Dans les faits, il bouleverse l’ordre de succession au sommet de l’État.
Jusqu’ici, en cas de vacance du pouvoir, c’était le président du Sénat qui assurait l’intérim. Désormais, un vice-président choisi par Paul Biya pourrait devenir le passage obligé de l’après-Biya. Un vice-président nommé et qui peut être limogé et remplacé à tout moment. Et c’est l’intrusion de ce personnage nouveau qui électrise le débat politique camerounais.
Paul Biya, qui dirige le Cameroun depuis 1982, a 93 ans. C’est plus vieux chef d’État au monde. Et sa longévité est due à un système électoral verrouillé, à une forme de qui perd gagne permanent. Et la réforme qui vient d’être votée permet au pouvoir le régime semble refermer encore un peu plus l’horizon démocratique. Bien entendu, les adversaires de Paul Biya sont vent debout. Issa Tchiroma Bakary, qui était son adversaire lors de la présidentielle de l’année dernière et continue de revendiquer sa victoire, milliers de PV à l’appui de sa démonstration, considère que, et je le cite, “les manœuvres inconstitutionnelles, la violation des principes démocratiques et la dérive monarchique du pouvoir illégitime, sous la forme de la nomination d’un Vice-Président de la République, ne sauraient nous détourner de l’essentiel”. L’essentiel qui est, et je le cite encore, “la mobilisation sans équivoque pour le rétablissement de la volonté populaire exprimée le 12 octobre 2025 par une large majorité des Camerounais qui ont exprimé leurs suffrages” en sa faveur.
De son côté, l’opposant Maurice Kamto, qui avait revendiqué sa victoire en 2018, a réagi à cette réforme constitutionnelle sous forme de vidéo. Il relève notamment que le mandat des députés qui ont voté cette révision constitutionnelle a déjà expiré.
Même au sein du parti au pouvoir, quelques voix ultraminoritaires et courageuses se sont exprimées. Comme le sénateur et ancien ministre René Zé Nguelé.
Au final, le texte a été adopté à une écrasante majorité. 200 voix pour, 18 voix contre et seulement 4 bulletins nuls.
Mais les polémiques et les soupçons demeurent sur la mise en place d’une transmission du pouvoir de gré à gré. La fabrication d’un dauphin administratif en quelque sorte, une forme de succession dynastique. Or que disait Paul Biya il y a déjà plusieurs années, à propos du dauphinat ? Des images sont sorties des archives.
Une question s’impose : est-ce que le Cameroun vient d’entrer dans l’après-Biya… ou dans une nouvelle phase du biyaïsme sans Biya ? Est-ce que Biya est encore lui-même aux commandes ? Le RDPC a-t-il la marge de manoeuvre nécessaire pour mettre en place un tel type de succession ?
J’en parle avec Marie-Roger Biloa, journaliste, patronne de presse, notamment fondatrice de MRB Networks, et avec Benjamin Ngongang, homme politique, vice-président du MP3 d’Hiram Iyodi.